Le Cheval Barbe, article de Denis Bogros | Association Cheval-Culture

Le Cheval Barbe, article de Denis Bogros

Nous reproduisons ici un article de Denis Bogros, grand spécialiste du cheval Barbe, qui fait un historique et un état des lieux sans équivalent.

Denis Bogros, « Le Barbe, cheval du Maghreb » (1994)

Le cheval appelé « Barbe » est tout simplement le cheval indigène du MAGHREB. Cette région géographique a été « identifiée » sous ce nom dés le Xème siècle de notre ère par les géographes arabes. Ils l’ont décrite comme formée des pays que l’on appellera plus tard : LIBYE, TUNISIE, ALGÉRIE, MAROC, ESPAGNE, sans oublier la SICILE. De nos jours, ce terme de Maghreb désigne encore les pays d’Afrique, au nord du Sahara, le plus grand désert du monde. Ce nom arabe est symétrique de Maschrek qui désigne le reste de la « Nation Arabe », qui se situe au proche orient.Cela dit, partons à la recherche du cheval du Maghreb.

Ière PARTIE

Dans l’Antiquité, les Européens occidentaux que nous sommes, héritiers des Romains, se souviennent qu’à la fin de cette période historique, les territoires de la rive sud de la Méditerranée constituaient les provinces : de Cyrénaïque, d’Afrique, de Numidie et de Maurétanie (Tingitane et Césarienne : Tanger et Cherchell) appartenant à l’EMPIRE d’AUGUSTE et à ses successeurs.

Les provinces d’Afrique et de Numidie étaient le « grenier à blé » de Rome. Pour les protéger contre les raids des nomades cavaliers (car à cette époque le dromadaire n’avait pas encore été introduit au Sahara et les nomades chameliers n’existaient pas !), les Romains imaginèrent et réalisèrent un énorme dispositif défensif. On l’appelle dans l’histoire de l’Antiquité : « (le) limes et fossatum Africae » !!!

Il était constitué de forts et fortins, de routes et chemins, de fossés et de murs ; soit une ligne de défense avancée quasi-continue, qui partant de LEPTIS MAGNA (Tripoli), contournait les AURES par le sud et remontant vers le nord ouest, atteignait CESAREE (Cherchell).

Cette ligne de défense était soutenue en profondeur par un réseau de voies (romaines) pour amener les renforts des villes de garnisons : Thelepte (Feriana) – Tébessa – Timgad – Lambasis – etc…

En 1992, j’étais à la fête annuelle des « Ouled sidi Tlil » à Feriana (S.O. de la Tunisie – haute steppe). Mon ami Fathi Tlili, descendant direct des Saints Fondateurs de la « Zaouïa », me fit cadeau de pièces de monnaies à l’effigie de TRAJAN, empereur de 98 à 117 ; pièces trouvées dans sa ferme de Thelepte : le Haras el Kheïma !

Ainsi nous avons la preuve que, de même qu’ils durent combattre les cavaliers Parthes dans l’orient de leur empire, les Romains ont dû faire face en Afrique du Nord à une puissante menace des Cavaliers Gétules. L’importance du système de défense prouve les qualités guerrières des Cavaliers de ces populations des steppes du sud et la réalité de la menace qu’ils firent peser sur l’Empire.

Les chevaux de ces nomades étaient les lointains ancêtres de nos Barbes, des bonnes variétés du Sud et des hauts plateaux.

A la même époque, dans les colonies romaines au nord du « Limes », existaient aussi des races de chevaux de sédentaires, tant à l’Est qu’à l’Ouest, près du littoral maritime. On peut les voir sur les mosaïques rassemblées au Musée du Bardo à Tunis et celles des ruines de Volubilis au Maroc. Ces chevaux là étaient déjà caractérisés par leurs rondeurs et l’épaisseur de leurs muscles !

Au Moyen-âge, à la fin de l’empire romain, les limes désertés par les milices locales s’ouvrirent et laissèrent passer les « Barbares » au Nord (ici même) et, les « nomades cavaliers » au Sud.

Au Nord, les Vandales, à la triste mémoire, ravagent les Gaules et pénètrent en Espagne vers 409. Ils y resteront jusqu’en 425, puis passeront en Maurétanie. Sous les ordres de Genséric, ils pillent toutes les colonies romaines du littoral et arrivent à Carthage en 439.

Certains prétendent qu’il auraient fait ce long chemin avec leurs chevaux germaniques (?), dont ils veulent faire des ancêtres Barbe ? Hypothèse hasardeuse    ! En tout cas, le métissage imaginé n’aurait pu se faire que sur de faibles effectifs et se serait limité aux rives de la Méditerranée ! Là où, plus tard, on trouvera les plus mauvais barbes.

Au Sud de l’empire, et dans le même temps, le « limes africae » s’ouvrit aux nomades cavaliers qui le harcelaient depuis des siècles ! Ils se répandirent avec leurs troupeaux de moutons et de chèvres du 32° au 36° parallèles, régions des steppes. Ainsi s’établit au nord du Sahara le système de transhumance sud-nord et retour des nomades pasteurs cavaliers, organisés en Tribus puissantes, et ceci pour des siècles. Ce système pastoral est connu sous le nom arabe d’ACHABA, du mot « e’acheb » qui veut dire herbe. Il produira les meilleurs moutons et les meilleurs chevaux !

Ibn Khaldoun, le grand historien des tribus de l’Afrique du Nord, a désigné ces populations nomades du Maghreb sous le nom de « ZENETES ». Alors qu’il appelait « SANHAJAS », les montagnards sédentaires de cette même région.

Il faut bien comprendre que ce sont les Zénètes qui ont produit, élevé et sélectionné, dans ces régions steppiques du sud, grâce à leur mode de vie nomade et pastoral, le véritable cheval du Maghreb. Il sera appelé « barbe » plus tard !…

Les Vandales disparurent après avoir été vaincus par Bélisaire en 534, envoyé par Justinien, Empereur de Byzance pour reconquérir la province romaine d’Afrique. Cette reconquête se limitera aux cités du nord du 36° parallèle.

LES BERBERES

Les Zénètes ne reconnurent jamais l’autorité de Byzance. Leurs descendants, à notre époque, s’appellent eux-mêmes « IMAZIGHEN », c’est-à-dire « hommes libres ».

Car, en effet, après la chute de l’Empire romain d’Occident, les zénètes possédèrent toutes les steppes pré-sahariennes et toutes les hautes steppes (Hauts plateaux) jusqu’au 36° parallèle. Des siècles de liberté durant lesquels ils nomadisent avec leurs troupeaux, des pâturages d’hiver de Ghardaïa au Sahara, aux pâturages d’été dans le Tell de Tiaret. Leurs chevaux sobres et endurants permettaient à leurs cavaliers de protéger leur « achaba », mais aussi de faire des razzias chez les tribus congénères. C’était cela l’économie nomade !

Mais au VIIème siècle, de nouveaux conquérants arrivent par terre. Ils viennent du MASHREK.

LES ARABES

Ce sont les ARABES ! Maître de La Mecque en 630, le Prophète MAHOMET (mort en 632) lança les croyants à la conquête du monde ; ils prenaient Jérusalem en 638.

En 647, après avoir soumis la Libye. avec 400 chevaux, les arabes atteignent l’Afrique Byzantine. Ces conquérant venant d’Arabie marchaient vers l’ouest… vers le coucher du soleil, qui se dit en arabe: « moghreb ». C’est pourquoi, ils donnèrent à ces nouvelles terres, entre le grand désert et la mer, le nom de « Djaziret al Maghrib », l’île du couchant (Magreb en prononciation française).

Ces arabes ne comprenaient pas le langage des Zénètes et des Sanhajas

Ils dirent : « c’est un jargon », qui se traduit en arabe par « barbara ». Nous en avons fait « berbère ». D’autant plus facilement que le nouveau nom donné à cette époque à cette région par les européens était « barbaria ».

Les nomades Zénètes étaient aussi bons cavaliers, voire meilleurs, que les conquérants arabes ! Ceux-ci apportaient d’Orient la selle avec étriers et la ferrure pour les chevaux. Les guerres favorisant les échanges de techniques, les Zénètes les adoptèrent. C’était un progrès considérable qui explique pourquoi la conquête du Maghreb fut si difficile et longue. Elle ne sera achevée qu’en 709. Tandis que la conquête suivante, celle de l’Espagne, qui sera faite par les cavaliers Berbères Zénètes sera très rapide … quelques années !

Le nom de Sidi OKBA ben NAFA reste attaché à la conquête du Maghreb. En 670, il établit sa base d’opérations au Nord-Est de la zone des steppes qu’il voulait conquérir. C’est Kairouan, la plus ancienne ville arabe du Maghreb. On reconnaît dans ce nom celui de « Karaouan » c’est-à-dire « caravane ». Ce fut d’abord le « campement » des caravanes de la conquête.

Après la création de sa base de départ, et avant de se mettre en campagne, Sidi OKBA renouvela et augmenta sa cavalerie. _Il la remonta avec les chevaux des nomades de la réqion qui s’étend de Kairouan à Khenchela. Il recruta les cavaliers berbères récemment convertis à l’Islam.

Alors il put se lancer à travers le Maghreb. Par Thelepte – Tébessa – Timgad – Tihaert – Calama (Tlemcen), il atteint le Moghreb et aqsa (Maroc), et par Oulila (Volubilis la romaine), il parvint à Tingis sur le détroit des colonnes d’Hercule (Tanger). On dit qu’arrivé sur les plages de l’Atlantique, il poussa son cheval (barbe ?) dans les flots et prit Dieu à témoin qu’il avait fini la conquête.

C’est au retour de cette grande expédition, revenant à Kairouan, qu’il mourut au combat en 663, près de Biskra où il est enterré.

Il est important de noter que cette nouvelle conquête de l’Afrique du Nord par un nouveau conquérant, venant par terre, se fit par l’intérieur, par les steppes des Zénètes. Ces nomades se convertirent à la nouvelle religion et vinrent grossir les rangs des « Cavaliers de l’Islam ».

Cette conquête du Maghreb se termina en 709 avec la prise définitive de Tanger par l’Émir berbère Tarik ben Ziad.

En 711, ce berbère envahit l’Espagne des Wisigoths avec 8000 cavaliers et chevaux zénètes. Ils débarquent dans la baie dominée par la montagne célèbre qui prendra le nom du conquérant : Gibraltar, le djebel de Tarik !

Les renforts berbères ne cesseront pas de rejoindre les avant-gardes … et Tarik s’emparera en quelques mois de tout le sud de l’actuelle Andalousie : Al Andalus, désormais province du Maghreb !

En 712, l’émir Moussa ben Nuçair débarque à son tour à Al Djezair (Algésiras) avec 15 000 chevaux zénètes. Il achève la conquête de la péninsule jusqu’aux Pyrénées (719). Ainsi l’Espagne a été conquise en quelques années. Attirés par le butin, les cavaliers berbères islamisés se sont déversés sur l’Europe avec leurs chevaux. Car il faut savoir que la coutume musulmane donnait trois parts du butin au cavalier pour une seule part au fantassin.

Ces cavaliers allèrent jusqu’à la Loire et à la Saône ; ils garderont Narbonne jusqu’en 759.

Voilà comment s’est produite la première importation massive du cheval du Maghreb en Europe.

Elle est prouvée par les traces laissées dans les parlers européens. Vous le savez : le genet d’Espagne fut considéré longtemps comme le meilleur cheval de selle. Eh bien, ce n’est autre que le « zénète d’Espagne », c’est-à-dire le produit né en Espagne de l’étalon berbère (Das berber-pferd).

Notons encore, pour être complet, qu’au Moyen-âge, ce cheval est aussi connu en Europe sous le nom de More ou de Morisque. La raison en est qu’au XIème et au XIIème siècles, les cavaliers marocains des dynasties Almoravides et Almohades (Al Morabitun u al mohayidin) reconquirent l’Espagne chrétienne jusqu’à Saragosse…

Il faut encore, revenant en arrière, ne pas oublier de dire qu’au IXème siècle, les conquérants Aghlabides de Kairouan en Tunisie ont conquis la Corse, la Sicile et le sud de l’Italie (840).

Curieusement, les européens appelèrent ces maghrébins de l’Est « Sarrasins ». Ceux-ci importèrent les chevaux du Maghreb dans le mezzogiorno italien. Les rois autrichiens Habsbourg les appelèrent « Napolitains » quand, en 1580, ils fondèrent le haras de Lipizza.

Car, vous savez sans doute, qu’une famille de lipizzaners s’appelle « Napolitano ». Ce sont des dérivés de barbes ! Etonnant ?

IIème PARTIELE BARBE

Enfin ! vous nous parlez du barbe … me direz-vous ? Vous avez compris que nous le suivons à la trace depuis les Romains ? sans doute ! mais il n’avait pas encore son nom. Eh bien le voici !

En 1550 à Venise, en 1556 à Lyon, parait un livre intitulé : « La description de l’Afrique ». L’auteur est Jean Léon (dit) l’Africain, professeur d’arabe à l’Université de Bologne. Qui est-ce ? C’est El Hassan ben Mohamned El Wazzani ez zayyati, né à Grenade en 1489. Fuyant les Espagnols de la « reconquista », il est fait prisonnier par les corsaires italiens. Il est acheté par le Pape Léon X qui en fait un homme libre et le baptise : Jean Léon ! Dès lors, il se fera appelé en arabe : Yahia-al Asad-al Ghanati, Jean le Lion de Grenade. Il écrit dans ce livre à propos de notre cheval :

« Ces chevaux sont appelés BARBERI en ITALIE, et il en est ainsi dans toute l’EUROPE parce qu’ils viennent de la BARBERIA. Ils sont d’une espèce qui naît dans ce pays ». Voilà ! Le dictionnaire italien confirme, en effet, que le « BARBERO » est « cavallo della Barberia ».

Le Grand Robert le certifie : « BARBE, nom de l’italien BARBERO, dérivé de BARBERIA, cheval d’Afrique du Nord ».

Par contre pour le « Standard dictionnary in English lanquage » Barb signifie : « cheval importé par les MAURES de BARBARIE en Espagne » !

Ce sera l’un de vos compatriotes qui tranchera la question dans son livre « Le Haras des chevaux », publié à Anvers en 1614. Il s’agit du Sieur JEAN TAQUET, seigneur de Lechêne, de Helst, et autres lieux de Belgique et Luxembourg, ECUYER des Princes. Il écrit que parmi les plus nobles étalons qu’il faut importer, il y a ceux de BARBARIE :

« …les chevaux morisques ou de BARBARIE [passent] d’Afrique en Italie, [et] de là ils viennent [jusqu’] à nous… ». « Barbarie vers midi en Afrique, d’où ces chevaux MORES ou BARBES nous viennent ;… ». « Ils sont petits, mais forts au travail continuel et supportant beaucoup… ». Enfin, notre cheval est clairement identifié ! n’est-ce-pas ?

Avant d’aller plus loin en Europe, nous devons faire un tour au delà de l’Atlantique. En effet, il faut mentionner la migration extraordinaire du cheval des Zénètes, le genet d’Espagne, vers les Amériques à partir de 1492. Prolifique, il s’y est depuis reproduit de façon étonnante et a repeuplé tout le nouveau monde qui était vide de chevaux !

Evénement d’une telle importance, que l’on prétend avec raison, que toutes les races des steppes américaines « mustang – criollo – etc… » sont des dérivés des Barbes !…

C’est pourquoi nous avons accepté à l’O.M.C.B. (1) la « Spanish Barb Association » des USA.

Revenons aux XVIIème et XVIIIème siècles en Europe. Tout s’est passé alors comme si le message de Jean Taquet avait été entendu « Princes ! peuplez vos terres d’étalons orientaux ».

En France, toutes les bonnes écuries sont remontées de barbes. L’écuyer du Roi, PLUVINEL, enseigne l’équitation au jeune Louis XIII sur le cheval « le mieux dressé de la chrétienté » tel qu’on l’appelle « Le Bonite » (le meilleur), de son nom véritable « Barbe Bai »

Cinquante ans plus tard, en 1665, le Grand Roi Louis XIV décide d’améliorer l’élevage des chevaux de selle en son Royaume, par des étalons qu’il fait acheter en BARBARIE. Il les fait distribuer dans les Provinces de Poitou, Saintonge et Auverqne.

En Angleterre, c’est au cours de ces deux siècles que fut créé « le cheval de course anglais », dont le stud book de Weatherby, en 1791, nous donne les pedigrees. On découvre :

« que le BARBE a plus à faire avec notre pur sang anglais que l’ARABE » selon Mr. Sidney, hippologue. Il ajoute qu’ « il n’y a aucun pedigree que l’on puisse tracer au delà de Morocco barb, appartenant à Lord General Fairfax ». Ce dernier était un compagnon de Cromwell. (Voir « Le livre du cheval », Paris 1892 par Sidney, p. 246-327).

Voilà, à grands traits, l’histoire du cheval BARBE avant la Révolution de 1789.

Au cours des guerres de la République et de l’Empire toutes les ressources en chevaux, en France et en Europe, furent utilisées dans leurs armées. Celles-ci firent des campagnes sur tout notre continent de Naples et Lisbonne, à Vienne, Berlin et Moscou. Les cavaliers de la Grande Armée ont payé chèrement la mauvaise qualité des chevaux de selle de troupe européens. Tout cela se termina en 1814 par l’entrée des COSAQUES à Paris !

Les vétérans, ayant survécu à ces aventures, transmirent aux jeunes générations l’idée simple et incontournable qu’ « une bonne cavalerie se fait d’abord avec des chevaux : Agiles, Dociles, Sobres, Rustiques et Endurants ». Pour eux le meilleur cheval était celui des Cosaques ! Mais comment produire des chevaux de cette sorte dans nos pays fertiles qui n’engendrent que des animaux de traits aux muscles épais ? Dilemme !

Les Hasards et l’Ironie de l’Histoire firent que les héritiers de MURAT vaincu au Nord par les Cosaques, seront eux, vainqueurs au sud dans un théâtre d’opérations au moins aussi difficile sinon plus ! La raison déterminante de ce succès a été, qu’ils ont trouvé au sud de la Méditerranée le meilleur cheval de selle de guerre de troupe : LE BARBE.

IIIème PARTIEDU BARBE A L’ARABE-BARBE

Le 14 juin 1830 un corps expéditionnaire français débarque dans la Régence Turque d’Alger, à Sidi FERRUCH. Une longue guerre commençait dans un pays au relief et au climat rudes contre un peuple de guerriers, héritiers des Zénètes et des Sanhajas.

Dès les premiers combats vers l’intérieur les cavaliers français comprirent :

1. que les chevaux européens étaient inaptes à faire cette campagne,
2. que le cheval du pays était le seul capable de la faire.

Il présentait, d’ailleurs, toutes les qualités décrites comme nécessaires par leurs anciens de la Grande Armée !

Dès juillet, le ministère de la Guerre fut confié à un vieux soldat ayant commandé en chef en Dalmatie et en Espagne : le Maréchal SOULT. Il tira immédiatement la leçon de ces observations des combattants ! Dès la fin de 1830, il interdit l’exportation des chevaux du nord vers le sud de la Méditerranée. La cavalerie devra se remonter en chevaux du pays. Ce quelle fera désormais par tous les procédés expéditifs : achats – razzias – prises à l’ennemi … de sorte que l’élevage algérien du cheval fut ravagé.

En 1847, après 17 années de guerre, un rapport de l’Inspecteur de la Cavalerie fit apparaître les graves embarras du « Service Général de la Remonte » (militaire) devant la pénurie de chevaux. Des achats faits en Espagne et en Italie du sud avaient été désastreux. Ces chevaux, descendants dégénérés des barbes, n’étaient pas opérationnels sous le climat et dans les terrains du Maghreb !

Ce rapport (publié à Paris en 1848) concluait à la nécessité et à l’urgence de « relancer » l’élevage du cheval algérien par une politique appropriée. En outre, il préconisait d’en profiter pour « améliorer » le barbe par le « croisement » avec des étalons arabes importés de SYRIE. Enfin, il suggérait, pour augmenter l’efficacité de ces interventions, de réunir en un seul service militaire celui de la promotion de l’élevage (étalons et encouragement aux éleveurs) et celui des achats de la production pour l’armée ! C’est ainsi qu’est née une institution originale au Maghreb : l’administration militaire de l’élevage du cheval. Dès 1851, tous les services hippiques algériens furent rassemblés en un seul corps militaire.

Le Règlement de 1852 de ce corps, appelé officiellement « Service des remontes et établissements hippiques en Algérie », définit ses missions :

1. Achats, acclimatement, livraisons aux régiments des chevaux du pays.
2. Sélection (achats et importations) des étalons reproducteurs Barbes et Arabes ; leur répartition dans les tribus et les stations de monte sur tout le territoire.

Enfin :

3. Distribution des primes aux éleveurs.

La finalité de cette politique d’élevage, très volontariste, était clairement établie : c’était le cheval de guerre de selle !

En quelques années, le Second Empire obtint des résultats importants car les éleveurs du Maghreb étaient efficaces, et les juments de ce pays très prolifiques. Un historien militaire a écrit : « l’Algérie a suffi non seulement à la remonte de sa propre armée, mais … à celle de nombreux régiments français ».

Ainsi, remarque historique de la plus haute importance, dans la deuxième moitié du XIXème siècle, on est passé globalement en Algérie, du BARBE à l’ARABE-BARBE !

Nous en avons trouvé la preuve irréfutable dans un rapport allemand sur les chevaux pris à l’armée française durant la guerre malheureuse de 1870. Il y est écrit : « les meilleurs (chevaux) étaient les petits étalons arabes » (sic). Or, c’étaient les chevaux algériens améliorés qui remontaient 22 régiments de la cavalerie de France et d’Afrique ! Donc, si les allemands ont confondu des ARABES-BARBES de troupe, avec des ARABES purs, cela prouve le changement qui était intervenu dans « le modèle » et « l’apparence » du cheval algérien. N’est-ce-pas ???

Tel fut le tournant de l’élevage du cheval du Maghreb au milieu du siècle dernier. L’ARABE-BARBE se révélera être le meilleur cheval de cavalerie.

Le système de l’administration militaire de l’élevage du cheval fut instauré à la fin du XIXème siècle en Tunisie, et au Maroc au début du XXème. Dans ces deux pays fut appliquée la même politique de l’élevage qu’en Algérie.

Après la seconde guerre mondiale, en 1946, les dépôts d’étalons des haras militaires ont été transmis à l’Administration civile de l’Agriculture, service de l’élevage. Ils comprenaient alors, dans les trois pays du Maghreb, des étalons sélectionnés : BARBES, ARABES ET ARABES-BARBES.

Arrêtons nous à cette période du milieu de ce siècle et faisons le point de la question

En 1950, le manuel des chefs de stations de monte du Service de l’élevage de l’Algérie nous apprend que « les métis ARABES-BARBES constituent actuellement le fond de la population (chevaline) de l’Afrique du Nord ». Si vous m’avez écouté, vous connaissez les raisons de cet état de fait, constaté au milieu de ce siècle ! C’est la réalité irréfutable prouvée par un document officiel. On peut y lire encore (p. 166) : « …actuellement il est très difficile d’affirmer que l’on puisse trouver un Barbe pur. On ne trouve que des types de chevaux se rapprochant beaucoup de la race primitive de Barbarie ; plus exactement, des chevaux ne montrant pas, du point de vue morphologique, de traces de l’infusion de sang arabe… » « (c’est) le cheval que l’on nomme Barbe » ! On ne peut être plus clair. Ceci est la vérité qui nous est transmise    par les zootechniciens du milieu de ce siècle, à une époque de grande production de ce cheval. De nos jours, la physionomie de l’élevage du cheval du Maghreb n’a pas changé dans les faits. Mais on peut noter parfois un changement dans les mots.

IVème PARTIEEN CONCLUSION

Ce qui est important, c’est que ce cheval, oublié pendant plusieurs décennies, ait été réhabilité dans les années quatre vingt.

En 1987, à ALGER, l’Organisation Mondiale du Cheval Barbe (O.M.C.B.) a été fondée par des cavaliers recherchant le cheval à tout faire, nécessaire à notre société des loisirs, et par quelques adeptes du retour aux origines.

Mais attention ! comprenez bien ceci : si, il avait été oublié par les nantis du Nord,    le BARBE était bien vivant. Il avait été conservé, et il l’est encore, par les cavaliers du Sud, ceux qui pratiquent la véritable équitation arabe traditionnelle.

Afin d’encadrer les idées des nouveaux partisans du cheval du Maghreb, l’O.M.C.B. élaborera immédiatement le « standard théorique » du cheval BARBE PUR. Vous le connaissez. J’en suis le rédacteur.

Ce « standard » est la description d’un cheval du Maghreb se rapprochant le plus de la race primitive, sans traces d’infusion de sang arabe. Il a été fait à titre indicatif, car il fallait réorienter les idées sympathiques mais floues, de nombreux adhérents !

Dans un deuxième temps, l’Organisation a pris en compte le dérivé principal du BARBE. J’ai nommé « L’ARABE-BARBE ».

Il constitue, on l’a déjà dit, l’essentiel de la production du berceau de la race. Il se caractérise, et se distingue du Barbe, qualifié de pur (?) par les traits de sa tête, par le dessin de sa croupe et de ses jarrets, et par la finesse de ses crins.

Un dernier point ! Je vous demande de ne pas oublier que les statuts de l’O.M.C.B. lui interdisent de s’ingérer dans la politique d’élevage de ses membres. Elle anime les échanges d’idées sur LE BARBE. C’est ce que nous faisons aujourd’hui, et, elle cautionne les stud-books ouverts par les Associations étrangères au berceau de la race : le Maghreb. Elle donne cette caution après vérification du sérieux de la gestion des registres généalogiques.

Dans ces limites, qui relèvent de l’honnêteté, on remarque chez ses différents membres certaines divergences d’expressions. Elles mettent en évidence des lectures de l’histoire qui diffèrent, et des politiques d’élevage qui ne sont pas identiques.

En voici deux illustrations. Dans le Procès Verbal des Actes de l’Assemblée générale d’Oran, 1993, on remarque ce qui suit :

En Algérie, les Haras nationaux (O.N.D.E.E.) publient leurs statistiques de 1992. Nous y relevons que 904 chevaux ont été déclarés comme production de l’année : Barbes et Arabes-Barbes confondus !

Au Maroc, au contraire, pour la même année, les Haras nationaux nous informent qu’ils ont recensé comme naissances : 14 Barbes et 1115 Arabes-Barbes !
Les Haras nationaux de Tunisie (F.N.A.R.C.) ne nous ont pas fait connaître les résultats de leur élevage national en 1992 !

Au total, j’espère vous avoir convaincus, que chacun d’entre vous, épris du cheval du Maghreb, doit avoir une « certaine idée » du Barbe-Arabe-Barbe !

Qu’il ait, votre cheval du Maghreb, des papiers B. ou des papiers AB… c’est sans importance ! L’important est qu’il soit authentique ; qu’il vienne des gisements identifiés du berceau de la race … gisements en voie de disparition -hélas !…sous les coups de la modernité. Alors ?… N’attendez pas.


NOTE :

(1) Organisation Mondiale du Cheval Barbe.
Copyright © 2010 tous droits réservés. Association Cheval-Culture