UKOK : Site royal pour une princesse gelée | Association Cheval-Culture

UKOK : Site royal pour une princesse gelée

UKOK

Site royal pour une princesse gelée,

entre paysages grandioses et passé mythique

 

10 août, quelques kilomètres pour se rapprocher du site et préparer le périple.

Nous avons donc quitté Yelo et nos chevaux pour découvrir un lieu magique, le reculé site archéologique d’Ukok. Situé à la frontière du Kazakhstan, de la Chine, de la Mongolie et de la Russie, c’est également une zone sous haute surveillance militaire. Nous devons donc organiser des permis spéciaux pour pénétrer sur le site. Après une petite halte dans un restaurant touristique, où Loup se fait déguiser en guerrier des steppes par une charmante mamie altaïque, nous nous installons dans un camp de yourte touristique bien sympathique où nous plantons nos tentes.

 

 

11 août, demandes de permis et balade au marché de Kosh Agach, départ vers Ukok

Les journées administratives russes peuvent être longues. Nous en profitons pour aller au marché et craquer sur des vêtements venus de la voisine Mongolie, en poils de yack, de chameau ou en cashemire. J’adore.

Nous réussissons quand même à boucler l’ensemble des tracasseries administratives et à partir en fin de journée vers le site avec deux tout terrains et de charmants chauffeurs qui connaissent le site sur le bout des doigts.

Nous camperons après le premier col, encore loin du site secret et reculé dont les Scythes avaient fait un lieu sacré avec un sympathique troupeau de vaches qui fait craquer Meyke, notre photographe attitrée.

 

 

12 août, le mystère s’ouvre à nous, saisissant le beauté et d’une invisible énergie dont on ne sait si elle est mythe ou réalité.

Après avoir dit au revoir aux vaches, nous repartons pour gravir un second col marqué par un ovo mongol. Casse croute rapide sur le capot du 4×4, passage du poste de contrôle où Meyke se fait un copain chien, arrêt bref dans les eaux thermales radioactives (paraît que c’est bon !! j’ay vais pas !!), nous arrivons aux portes du site, marquées par deux pierres tendues vers le ciel où l’on peut lire des inscriptions de cosmogonie, soleil et autres signes hermétiques pour nous.

 

 

Passé ces portes, le paysage devient irréel tant il est beau. C’est une vaste plaine entourée de très hauts sommets enneigés, baignée de rivières et de lac.  Aujourd’hui, les bergers de l’Altaï font pâturer leurs moutons et leurs chevaux sur le plateau pendant l’hiver, car le vent violent souffle la neige de l’herbe et fournit des pâturages pour les animaux, malgré les températures glaciales.

Nous longeons une frontière chinoise délabrée et notre chauffeur s’arrête pour aller saluer un membre de sa famille qui est de l’autre côté. Nous voilà donc en Chine pour quelques minutes, une cabane en bois toute proprette au bord d’un joli petit lac. Notre amie de Perm pose en beau yogi qu’elle est…

 

 

Nous repartons pour enfin arriver sur le site de la tombe gelée de la princesse d’Ukok.

 

 

La Princesse gelée d’Ukok

La Princesse de l’Altaï (Алтайская принцесса), également appelée « Demoiselle de glace », Princesse d’Ukok (Принцесса Укока), Devochka ou Ochybala (Очыбала, héroïne de l’épopée altaïque), est une une jeune femme Scytho-Sibérienne du Vesiècle av. J.C., découverte momifiée, en 1993 dans un kourgane de la culture Pazyryk sur le site d’Ukok.

Le contenu de la tombe est resté gelé pendant 2400 ans, jusqu’au jour des fouilles.

Avant d’atteindre la chambre funéraire de la Princesse, il faut traverser une seconde tombe, positionnée au-dessus, qui contenait un cercueil en pierre et en bois avec un squelette, et trois chevaux.

Dans la chambre funéraire de la princesse se trouvait son cercueil, fait d’un solide tronc de bois de mélèze, décoré avec des appliques de cuir représentant des silhouettes de cerfs, deux petites tables en bois en forme de plateau, utilisées pour servir de la nourriture et de la boisson. De la viande de cheval et de mouton était placée sur les tables ; le résidu d’un produit laitier, peut-être du yogourt, a été trouvé dans un récipient en bois avec une poignée sculptée et un agitateur ; et une boisson était servie dans une corne à boire pour désaltérer la Princesse lors de son voyage.

La « Princesse de l’Altaï » et ses chevaux étaient orientés avec leurs têtes vers l’est, comme c’est le cas dans d’autres sépultures Pazyryk. Elle avait entre 20 et 30 ans au moment de sa mort. Les causes de la mort sont restées inconnues jusqu’en 2014, quand de nouvelles recherches ont suggéré un cancer du sein, combiné avec les blessures subies lors d’une chute. La présence de cannabis dans un récipient à proximité du corps laisse à supposer que cette substance était utilisée pour soulager les douleurs chroniques de la femme.

Les éléments trouvés dans sa chambre funéraire semblent indiquer qu’elle avait été élevée au rang de prêtresse dans sa communauté. La peau préservée de la Princesse de l’Altaï présente des tatouages saisissants conforme au style animalier des cultures scythes, un cerf sur une de ses épaules se signale par sa beauté graphique. Elle a été enterrée dans un chemisier de soie tussah jaune, une jupe en laine rayée pourpre et blanche avec une ceinture à pompon, des jambières de feutre blanc, avec une fourrure de martre, un petit miroir de métal poli et de bois avec des silhouettes de cerf sculptées, et une coiffe de près d’un mètre de haut. La taille de la coiffe a nécessité un cercueil de 2,4 m de long. Elle avait une sous-structure en bois et était recouverte de feutre moulé et décorée de huit silhouettes félines sculptées et dorée à l’or fin. Il y avait des restes de graines de coriandre dans un plat en pierre, peut-être pour une utilisation médicinale.

Si cette découverte est capitale pour la compréhension des mystère des cultures scythes, en revanche elle fut vécue comme une catastrophe pour les peuples altaïques, qui l’ont considéré comme un véritable viol, menaçant l’équilibre cosmique. Très vite, un différend est apparu entre les autorités russes et les habitants locaux, qui revendiquent la « Princesse de l’Altaï » et les autres kourganes pazyryk. Dans les 19 années qui ont suivi sa découverte, elle a été conservée à Novossibirsk. Mais, suite à une série de tremblements de terre interprétés très négativement par les chamanes, la momie a été retournée dans l’Altaï, où elle est conservée dans un mausolée au Musée National de la République d’Altaï dans la capitale de Gorno-Altaïsk. Les fouilles du site sont interdites, même s’il est soupçonné que de nombreux autres artefacts sont à l’intérieur de la tombe.

La controverse a quelque chose de mystérieux et magique. Car elle n’est pas seulement due à un problème de propriété mais aussi à un certain nombre de phénomènes troublants interprétés comme mauvais sort par les chamanes et les peuples altaïques pour qui la princesse est une forte protection aussi bien contre les peuples belliqueux alentours que pour le bien vivre altaïque.

En 2004, pendant 6 mois, le massif de l’Altaï ne cesse de trembler, à raison de deux secousses par jour. Ces désordres se poursuivent jusqu’au retour de la Princesse et cessent étrangement depuis. Les tremblements de terre se passe toujours de la même façon : les chiens se mettent à hurler, les vitres à tinter, la terre ondule, de l’eau jaillit des montagnes. Les chamans prédisent la fin du monde. Les habitants des villages sinistrés adressent des courriers aux autorités de Gorno-Altaïsk. Ils demandent d’abord des tentes, des casseroles et de la nourriture pour le bétail. Mais ils n’ont pas de réponse. Le dirigeant de la République, absorbé par sa campagne électorale, reste injoignable. De guerre lasse, les gens se construisent des abris, récupèrent des briques pour faire des fours et abattent leurs bêtes, qui de toute façon allaient mourir de faim. Ils ont appris que l’Etat avait débloqué 500 millions de roubles, mais n’en ont jamais vu la couleur, pourtant cette somme va permettre entre autre de créer un musée capable de recevoir la fragile dépouille de la Princesse. Après les tremblements de terre, un vieil homme et un jeune garçon de Beltir, l’une des localités détruites, se sont donné la mort. Ensuite, les suicides se sont multipliés. Les chamans ont alors déclaré : « C’est la malédiction de la princesse de l’Altaï. » Cette fois, les habitants ont écrit ce qui suit aux autorités : « Nous, autochtones du Haut-Altaï, sommes des païens qui vénérons la nature. Les fouilles archéologiques nous causent des dommages irréparables. Contre notre avis, des trésors inestimables qui constituent notre héritage spirituel nous sont enlevés. Ainsi, sur le plateau d’Ukok, dans la région de Koch-Agatch, un kourgane qui abritait la dépouille d’une jeune femme de haute lignée a été fouillé. Elle était pour nous une relique sacrée, garante de la paix et de la grandeur de notre peuple. » Ils réclament fermement le retour de la Princesse dans l’Altaï et l’obtiennent. Depuis, la vie a repris son cours normal…

Pour en savoir plus : l’article de Polosmak dans National Geographic en octobre 1994, et un documentaire de la BBC (en 1997) mettant en vedette Polosmak et les membres de son équipe.

Nous restons un moment à nous imprégner de l’atmosphère unique de ce lieu. Gorgé de l’énergie fantastique qui émane de ce lieu unique, nous repartons vers le bivouac du soir. Les miradors n’ont que des pantins de mousse pour surveiller mais les militaires nous rejoignent au pas de course. Tout essoufflés, ils viennent nous contrôler plus par curiosité et pour rompre l’ennui que pour nous embêter. Passé le col nous redescendons vers un beau lac qui miroite sous les feux d’un soleil couchant un peu frileux. Nous montons les tentes et notre super chauffeur nous prépare de délicieux chachliks de mouton tout frais, le régal ! On finit la soirée à la vodka au coin du feu à chanter des chansons russes. C’est fou comme je chante bien en russe après un certain nombre de verres de vodka…

C’est une nuit bien froide pour un mois d’août et demain matin les bords du lac seront couvert d’une fine couche de glace, l’été sibérien est aussi court qu’intense. Qu’importe, nos cœurs sont si chauds.

 

13 août, une autre route pour le retour, et toujours la même beauté saisissante

Au retour, nous empruntons une autre route pour tenter d’approcher les gravures des mégalithes mais nous devons renoncer car il est impossible de passer à gué, l’eau de la rivière est trop haute. Notre chauffeur va tester lui-même la profondeur, dans l’eau glacée de montagne… Ca rafraîchit !

Nous pique-niquons près d’une autre rivière avant de reprendre l’unique route du retour, bien escarpée et chaotique.

 

 

En arrivant dans la plaine, un rocher couvert de pétroglyphes rappelle encore la présence humaine sur le site dès l’âge du bronze. Le complexe mégalithique semble relever d’une utilisation astronomique en raison de la disposition circulaire et de certain pétroglyphes représentant la lune et le soleil. Ils étaient probablement utiliser pour construire des calendriers, signe d’une agriculture moins pastorale, qui mise sur les saisons pour augmenter les récoltes.

Nous revenons au camp de yourte, et cette fois nous prenons une yourte bien chaude et une bonne séance de bania… Demain, il s’agit de dire aurevoir à l’Altaï…

 

 

14 août, dernière image de l’Altaï et long retour à Novossibirsk

Longue journée de route ponctuée de quelques arrêts sur des sites remarquables.

Sur l’interminable route vers Novossibirsk, nous crevons ! Un peu de stress pour arriver au milieu de la nuit à l’aéroport où nous attendons à moitié endormis l’avion qui nous ramènera à Moscou, Meyke, Loup et moi, puis ce seront les adieux et le retour en Europe… 

 

 

Nos amies vont nous manquer!

 

 

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