Altaï russe, 2017 | Association Cheval-Culture

Altaï russe, 2017

Promenade dans l’Altaï russe, 2017

 

Michel Jan, dans sa présentation de Dersou Ouzala, reprend une vieille anecdote qui court sur les pistes de Sibérie. On raconte que lors de la création du monde, Dieu, pris de fatigue, se serait endormi. À son réveil, il constata que la Primorié avait été oubliée sans faune ni flore. Il réunit alors tout ce qui restait de plantes et d’animaux et les lança dans ce coin perdu. Cette légende s’applique aussi à l’Altaï.

Nous arrivons à Novossibirsk, assez loin de notre point de départ (650 km), ce qui nous donne l’occasion de découvrir les paysages. Ce qui marque d’abord le voyageur, lorsqu’il découvre la Sibérie, ce sont sans doute ces fleuves immenses. L’eau est partout, voie de communication provilégiée tant en bâteau que sur la glace en hiver. Novossibirsk s’étend le long de l’Ob qui déploie sa grandeur et sa majesté. Mais le cheval et les guerriers des steppes hantent même l’aéroport…

 

 

1er Août, Yelo, (près d’Ongoudaï), aoul d’Aptyrga

La légende veut qu’un loup bleu sauvage, sur les rives d’un lac de montagne, sauva un garçon blessé et en train de mourir. Depuis, la tête du loup bleu est devenu un symbole de la tribu. C’est donc sous sa protection que nous chevaucherons.

Nous arrivons en fin de journée dans une prairie de fleurs alpines que parfume et colore de taches mauves la sauge sauvage et passons la nuit dans un bel aoul traditionnel en bois de mélèze après avoir profité de la bania située un peu à l’écart, sorte de sauna traditionnel, omniprésent dans l’univers sibérien. Les chevaux pâturent paisiblement au dehors. Le soleil est doux ici, bien à l’abri au bord de la taïga.

 

 

Nous faisons la connaissance de deux guides : Batyr et Sourlan. Sourlan ressemble tout-à-fait à la description qu’Arseniev fait de Dersou. « Plutôt petit, trapu, il avait le type indigène prononcé : les pommettes saillantes, le nez petit, les yeux distinctement caractérisés par le pli mongol des paupières et la bouche large. » J’ajouterai qu’il a les jambes arquées, porte toujours son fusil à l’épaule avec 5 cartouches de tailles différentes, il est souriant et sa bonté se voit au premier coup d’œil.

 

 

Batyr est très différent, plus fin, très droit, très fier, son visage ne marque jamais la moindre expression. Il dit son admiration en sifflant, mais la plupart du temps, il est de la race des taiseux. C’est la fierté silencieuse qui le caractérise.

 

 

2 Août, en selle et retrouvailles avec nos amies !

Départ pour 26 km. Le sentier suit la belle taïga de conifères, le long de la pente d’un des éperons de la crête Terektinsky, le long de la rivière de montagne Kyl-shin. En chemin, nous rencontrerons un troupeau de mustangs sauvages et vaches, ainsi que le cerf si nous sommes chanceux. 
Le temps est humide mais l’ambiance chaleureuse. Le soir, après avoir monté les tentes, cuisine traditionnelle sur le feu et moult bavardages avec nos amies Amina, Tina de Saint-Pétersbourg et Meyke qui arrive d’Allemagne.

 

Amina

Tina

Meyke





 

3 août, immersion dans la beauté des paysages altaïques

20 km. 

Lakeshire Borbok 
 – 

 Le sentier longe la rivière Kyl-shin et passe à travers les hautes prairies alpines, après une légère ascension, on arrive presque au pied de la montagne Uch-Enmek, qui culmine à 2792 mètres d’altitude. Uch-Enmek faisant signe envoûtante sérénité, et impressionne par sa puissance et d’invincibilité. Uch-Enmek est l’un des points centraux de l’expédition (PHOTOS). On dit que la montagne ne s’ouvre qu’aux cœurs purs. Elle est aussi remplit de rêves qui deviennent réalité. Selon les légendes locales, ici convergeant les énergies de notre monde.

Ensuite, les voyageurs font l’ascension du mont Beacon, avec des pics surplombant la vallée des rivières Karakol et Margao. Cette montagne est aussi l’un des sites sacrés de lacs altaïens. Puis la piste longe la crête Terektinsky et descend jusqu’au camp au pied des lacs d’altitude de Borbok.

 

 

4 août, cheval et marche vers les lacs deBorbok

Les lacs sont situés dans le piémont des pistes de montagne, l’approche se fait à cheval, pas à pas, puis nous laissons les chevaux pour un peu de marche vers le second puis le troisième lac. 
On jette quelques pierres votives dans le second lac puis les plus courageux monte voir le troisième lac, 300 m plus haut. Au retour, nous sommes pris d’une envie de baignade, mais seul Loup osera faire quelques brasses dans l’eau glacée. Un vrai petit Sibérien ! 
Nous redescendons ensuite avec les chevaux vers notre campement. Le soleil est de la partie, on se prélasse puis seulement entre amies, nous reprenons les chevaux pour aller visiter la cabane abandonnée d’un chamane. Loup joue à faire la course. Nous sommes pleins de bonne humeur.

 

 



5 Août, ça roule !

Du camp de luxe (un abri en bois pour manger au sec!) situé au bord de la rivière, n
ous nous dirigeons dans une partie peu fréquentée de la crête Terektinsky : Rocks Pit-Blue. 
Les paysages sont magnifiques et émouvants. L’espace est si vaste et ouvert qu’on a le sentiment de chevaucher au-dessus du monde. Nous campons en bord de ruisseau. Comme l’étape nous a semblée courte, nous descidons tous les cinq de partir voir de plus près la cabane abandonnée d’un ancien chamane. Nous naviguons dans les arbustes avant de la découvrir, entourée de chevaux libres. On finit par des courses improvisées et de joyeux fous rires, avant de revenir nous chauffer près du foyer sauvage.

 

 

6 Août, beauté sauvage en altitude

Ce matin, nous avons la visite d’une femme et de ses enfants. C’est bon de voir que certains continuent de vivre cette vie nomade pleine de sérénité. Nous nous mettons en route sur une piste sauvage, entre deux torrents qui coulent vers le plateau Tyuguryukskogo. Nous découvrons un autre site de lacs d’altitude vastes et bien entouré de hautes montagnes et d’ébouli… Puis nous redescendons vers le camp de la veille, pas de montage de tentes ce soir!

 

 

7 Août, courte étape vers une cabane de chasseur, puis excursion jusqu’au point de vue

Belle ascension vers un point-de-vue magnifique auquel on accède par une belle piste qui donnera lieu a une petite course entre Sourlan, Loup et moi, ce qui réjouit Loup, bien que Sourlan la gagne aisément. Son cheval a participé jadis aux courses traditionnelles nomades!

 

 

8 Août, la cabane du célibataire

Du 

plateau Tyuguryuk, 
nous avons rejoint Margao. Tyuguryuk, est célèbre pour l’abondance et la variété des animaux qu’on y rencontre. 
Riche de 39 lacs, nous la découvrirons en grimpant sur un rocher nid d’aigle près de notre cabane de chasse. Le panorama est fantastique.

Nous plantons le camp autour d’une cabane de chasseur abandonnée. Homme longtemps solitaire, me chasseur finit par trouver femme et repartit en ville, laissant là toute une vie bien organisée pour l’été comme l’hiver. 
J’aime particulièrement la petite machine à récupérer les pignons de pain, aliment riche qu’on stocke pour l’hiver. La cabane est encore pleine d’une vie de chasseur solitaire, paisible et bien organisée pour l’autonomie complète tout au long de l’année.

Il n’y a plus de pain, Amina fait des crêpes sur le poêle traditionnel. On se régale et on se chauffe dans la cabane en bavardant gaiement.

Un vieux chasseur arrive à cheval et nous raconte des histoires sur Tyuguryuk. J’ai du mal à suivre mais j’aime ce viel homme au beau visage altaïque, ridé de soleil, qui respire la sérénité d’une vie loin des turpitudes modernes.

 





9 Août, longue descente vers l’aoul d’Artyrga

25 km. De la 
cabane de chasseur, nous partons vers le plateau Tyuguryukskogo pour revenir 

 au camp d’Aptyrga. La mise en route est bien ralentie par la perte d’un des chevaux qui n’était qu’entravé et que nos guides mettent longtemps à retrouver. On en profite pour faire la connaissance d’un troupeau de vaches qui erre en engraissant dans la taïga. Elles feraient pâlir de jalousie nos bêtes enfermées…

Enfin Sourlan ramène le fugueur et nous nous mettons en route. Nous descendons toute la journée, passant des paysages d’altitude à ceux plus boisés de la vallée. C’est une belle et longue journée de cheval, entre averses et rayons de soleil, qui permet de mieux mesurer que nous étions montés vers le ciel progressivement les jours précédent. Nous traversons le village de Yelo pour remonter vers l’aoul d’Aptyrga et arrivons après 7 heures en selle sur des pistes faciles et larges où la vie humaine reparaît peu à peu. Que du bonheur. À l’arrivée, rangement du matériel et bania bien chaude avant le repas du soir !

 

 

10 Août, d’un voyage l’autre…

La plupart des randonneurs repartent vers leur domicile mais le club des 5 continue, accompagné par un sympathique couple venu de Perm. Nous voulons voir enfin la tombe de la princesse gelée d’Ukok ! Comme le temps nous est compté, il faudra nous contenter de véhicules tout terrain. Mais le rêve équestre sera bien présent dans nos voyages imaginaires vers l’ancienne Scythie. La suite dans Le rêve d’Ukok…

 

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