Traduction de l’interview d’Alexandre Klimuk réalisée par Maria Marquise Baverstock… et mon grain de sel !! | Association Cheval-Culture

Traduction de l’interview d’Alexandre Klimuk réalisée par Maria Marquise Baverstock… et mon grain de sel !!

Version originale anglaise et version russe ici :Pour les connaisseurs de la race Akhal-Téké, Aleksandr Klimuk n’a pas besoin d’introduction. Le gestionnaire de longue date du Haras de Stavropol, universellement reconnu comme l’un des meilleurs, sinon « le » meilleur haras Akhal-Téké au monde, a produit de nombreux champions de show et gagnants sur hippodrome au cours de sa carrière. Il est largement respecté, non seulement pour ses succès en tant que sélectionneur, mais aussi pour sa connaissance approfondie des sources historiques et pour son point de vue équilibré.

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Maria Marquise Baverstock :  Commençons par la fin: Quelles ambitions créatives  a l’«auteur» de Gench, Yazaidym, Garayusup, Khanbegler, Primula, Yarodzha et d’autres? Existe-il des limites à la perfection?

Alexandre Klimuk : La perfection est sans limite et chaque année un éleveur souhaite produire de bons poulains.

MM : Y a-t-il des déceptions, des regrets ?

AK: Malheureusement, mon travail n’est pas sans déceptions. Chaque poulain, loin s’en faut, ne remplit pas les promesses formulées lors de la décision de sélection faite initialement. La plus grande déception dans l’élevage de chevaux est la mort prématurée d’un  cheval.

MM : Revenons au début – comment est venu votre engouement pour les chevaux et cette allégeance à l’Akhal-Téké ? Saviez-vous « brouter les bas-côtés » d’une piste de course quand vous étiez petit ? Avez-vous  pris des leçons dans une école d’équitation ? Qu’est-ce qui est le plus cher à votre coeur – l’équitation de sport classique ou les courses ?

AK: Je suis fou du cheval depuis ma petite enfance. J’ai grandi dans un village, mes deux grands-pères aimaient les chevaux et, probablement, ce sont leurs histoires qui m’ont le plus influencé. J’ai pris un intérêt particulier à l’Akhal-Téké déjà à l’époque, probablement à cause du livre de S.I. Filatov,  Rome applaudit, dans lequel il parle beaucoup d’Absent.

MM: Quels ont été vos mentors dans l’Akhal-Téké?

AK: Je considère V.P. Shamborant comme mon principal mentor.

MM: Avez-vous toujours eu une image de l’Akhal-Téké que vous vouliez créer? Lorsque cette image a été formée a-t-elle évolué au fil du temps ?

AK: Mon image de l’Akhal-Téké s’est formée lorsque j’étais encore étudiant, au cours de mon travail au Daghestan et au Turkménistan. À cette époque, j’ai vu pratiquement tous les Akhal-Tékés vivants et rencontré leurs sélectionneurs. Depuis lors, ma perception de la race Akhal-Téké n’a pas changé de manière significative.

MM: Parlons d’un sujet controversé qui, de temps en temps, donne lieu à un débat animé, en particulier à l’Ouest. L’Akhal-Téké moderne est-il un produit de la Russie, essentiellement de la Russie soviétique, à cause des efforts de cette dernière, visant à « créer une race» au sens moderne du terme, ou bien existe-t-il encore un ancien cheval turkmène, dont les descendants auraient survécu et se seraient maintenus jusqu’à ce jour dans les montagne du nord de l’Iran. Qu’est-ce que l’artefact moderne Akhal-Téké a en commun avec l’ancien type et en quoi sont-ils différents? Devrions-nous tracer une ligne de démarcation nette entre les deux? Ou devrions-nous élargir notre définition de la race Akhal-Téké ? Sont-ils proches de leurs ancêtres  les actuels Tékés de Stavropol? N’ont-ils pas perdu quelque chose dans le processus de sélection artificielle ? Quelle justification pouvez-vous donner à l’affirmation que l’Akhal-Téké moderne est l’incarnation de la véritable essence de la race?

AK: Ce sont précisément les Akhal-Tékés modernes qui sont la variante la plus proche de l’ancien cheval Turkmène. Sans doute, dans le passé, la majorité des tribus turkmènes possédaient le même type de cheval. Dans le même temps, un échange de matériel génétique avait aussi lieu entre les différentes tribus. Mais dès le début du 19e siècle, toutes les sources disponibles convergent et s’accordent sur le fait que les meilleurs chevaux turkmènes appartenaient à la tribu Téké et les plus précieux, à la tribu Téké dans la région de l’Akhal. C’était la situation lorsque le Turkménistan a été annexé par la Russie [à la fin du 19ème siècle]. La Commission chargée d’évaluer l’état de l’élevage des chevaux au Turkménistan en 1896 a conclu que «de tous les chevaux turkmènes, les Turkmènes eux-mêmes appréciaient tout particulièrement les Yomuds et les Akhal-Tékés. Ce sont les chevaux que les Turkmènes considèrent comme les plus précieux de tous. Les exemples de race pure de ces derniers. Non seulement le peuple Téké produit une race pure de chevaux (c’est-à-dire une race d’excellence), mais d’autres tribus étaient aussi engagées dans cette logique. Le grand Boinou appartint pendant un temps à un Turkmène de la tribu Saryk, la mère de Mele-Kush, à en juger par le nom du cheval, appartenait à la tribu Karadashly. Les Turkmènes d’autres tribus voulurent utiliser des étalons Akhal-Tékés sous la selle, ainsi que comme améliorateurs de leurs propres chevaux. Ainsi, un célèbreYomud, Serdar Dzhunaid-Khan, monta le célèbre Mele Khadzhi Nureh et a tenté d’acheter Bek Nazar Dor. Pendant longtemps, les éleveurs Yomud dans le Tashauz utilisèrent les étalons Akhal-Téké tels que Peren, Keimir, Alty-yab et autres.
Parlons précisément de l’Iran, avant le Révolution [russe], l’Iran était le principal marché pour les chevaux Akhal-Téké notamment pour les étalons. En 1853, le vétérinaire russe Nannie a écrit que «le cheval d’un Persan éminent, au moins dans la région frontalière du Turkménistan, est toujours un étalon Turkmène élevé par la tribu Téké ». Le pur-sang Akhal-Téké a traversé de nombreuses épreuves et tribulations au cours du 20e siècle, mais, grâce aux efforts des éleveurs turkmènes, russes et kazakhs, il a été conservé dans toute sa splendeur et sa gloire. De là à introduire d’autres races, y compris des races apparentées mais de qualité clairement inférieure, serait très imprudent. Toutefois, les éleveurs iraniens eux-mêmes peuvent essayer de créer un Akhal-Téké pur, ou, en tout cas, d’utiliser l’Akhal-Téké comme améliorateur, comme leurs ancêtres l’avaient fait. Le principe de base guidant les éleveurs turkmènes était de produire des chevaux rapides avec une bonne maniabilité. « Un premier prix en course et un cheval pur sang sont les seules choses à souhaiter, le reste est sans importance ». Ce fut également le principe de mon professeur V.P. Shamborant. C’est le même principe que j’essaie de suivre en prenant des décisions de sélection.

Petit commentaire de LB : Voilà sûrement le point de vue le plus sérieux sur la question. Je mettrais quand même un bémol. Il faudrait un système d’excellence, basée sur des résultats concrets, qui permette de rapatrier dans le stud-book les rares chevaux turkmènes de très grande valeur, afin de diversifier le gène pool. Ce système d’ouverture du stud-book pourrait se faire sur des bases multiples : génotype, résultats en course, évaluations modèle et allure pour le type.

MM: Continuons sur le thème controversé, celui de la pureté. Controversé, au moins, dans certains milieux occidentaux. Selon le Studbook général Akhal-Téké, la pureté est déterminée par l’ADN et le génotypage, mais si l’on tient compte du fait que l’Akhal-Téké moderne a du sang étranger, surtout pur-sang anglais, remontant de quelques générations, le concept peut-il être considéré comme absolu ? Par exemple, en Europe et aux Etats-Unis, il existe un certain nombre de chevaux décents avec des « points noirs » dans leur pedigree. Devrions-nous commencer pas les accepter dans le livre généalogique, et élargir le pool génétique, en particulier, s’ils ont fait leurs preuves dans le sport?

AK: La pureté de la race n’est pas déterminée par des tests d’ADN ou le génotypage. C’est un concept imprégné d’histoire et de tradition. « Pureté », c’est le haut degré de perfection atteint par l’amélioration sélective et le rôle d’une race dans le contexte mondial. De races pures sont ceux qui sont sélectionnés selon les principes de sélection en race pure. Mais la pureté absolue ne peut, bien entendu, être atteinte que lorsqu’on élève des moucherons dans les laboratoires. Oui, en raison d’une erreur tragique faite il y a soixante-dix ans, la race Akhal-Téké a été contaminée par une quantité non négligeable de Pur-sang anglais. Heureusement, les dégâts qu’il a causés à la race ont été surmontés. Suggérer que cette expérience dangereuse devrait être répétée en inscrivant ces descendants demi-sang au stud book est une vision à courte vue, pour ne pas dire, une parodie. L’histoire des autres races pures est parsemées de taches elle aussi, mais personne ne suggère que les Arabes Shagiya devraient être utilisés comme de purs Arabes, ou que les Trakkehner qui, dans leur masse, ont 70% de la Pur-Sang anglais, devraient être acceptés dans le stud-book de Wetherby.

Petit commentaire de LB : Enfin quelqu’un qui pose clairement les problèmes. Que ce soit clair : pureté ne veut pas dire pureté !! Pureté est plutôt synonyme d’idéal dans une race donnée. Evidemment d’accord pour ne pas réenregistrer dans le stud-book des demi-sang. Mais toujours pour réintroduire dans le stud-book des chevaux du biotope d’origine dont les qualités sont remarquables…

MM: Le Studbook général Akhal-Téké est la propriété du gouvernement russe, transmis à l’époque soviétique, tandis que la patrie de la race est l’Asie centrale. Peut-on justifier cette position? Comment vous positionnez-vous par rapport aux tentatives de retourner la race aux Turkmènes ?

AK: Jusqu’en 1973, le Studbook Akhal-Téké pour l’ensemble de l’Union soviétique, a été
tenu par M.I. Belonogov qui travaillait au Turkménistan. Après sa mort, il a été laissé traîné et personne ne le touchait. Pour cette raison, le directeur de l’Institut de recherche de l’élevage du Cheval, le professeur Barmintsev, a suggéré que son organisation en prenne la responsabilité. Les travaux de l’Institut, notamment ses travaux au Turkménistan, sont difficiles à
méconnaître. Pouvez-vous imaginer combien d’efforts il a fallu pour créer un système de base de l’enregistrement de la population de la race au Turkménistan ? Par ce travail, et en reprenant
la publication des livres généalogiques, l’Institut a vraiment rendue la race aux  Turkmènes. Quant à la publication des livres généalogiques dans la patrie des Akhal-Tékés aujourd’hui, je ne possède pas toutes les informations sur le sujet.

Petit commentaire de LB : J’adore la diplomatie de Sacha ! Le problème des Turkmènes, c’est qu’ils sont en réalité incapable de gérer un stud-book. Ils l’ont bien prouvé ces dernières années. J’ai pas mal discuté avec les éleveurs que j’ai rencontrés là-bas et tous confirment que la corruption rend cette gestion hasardeuse. La plupart ont recommencé, quand ils le pouvaient, à enregistrer leurs chevaux en Russie. Les Turkmènes d’Iran sont dans la même situation… L’Orient ne semble pas prêt à réguler son marché, le fonctionnement est opaque, les apports de sang anglais perdurent. Seuls quelques très rares passionnés oeuvrent à la préservation de cette « pureté » qui fait la valeur de l’akhal-téké. Il y aurait un vrai travail international à faire avec des gens passionnés et désintéressé pour refonder un stud-book en éliminant les sujets de faible qualité qui existent dans le stud-book russe et en intégrant les chevaux de valeur existant encore en Asie Centrale. Le même travail qu’avait mené Shamborant en son temps est à refaire à mon avis. On aurait même intérêt à revoir le système des lignées, parfaitement caduc dans bien des cas faute des connaissances nécessaires, pour lui substituer quelques lignées morphologiques : en gros le type massif, le type course, le type endurance, qui sont les trois grandes familles actuelles, dont les usages sont différents et que malheureusement les amateurs de tous les pays mélange un peu au petit bonheur…

MM: Comment doit-on, à votre avis, gérer le stud-book: par une centralisation du stud-book ou, compte tenu de la propagation de la population Akhal-Téké à travers plusieurs continents, par la création des livres généalogiques nationaux, semblables aux studbooks du cheval arabe ?

AK: En principe, chaque pays qui a une population d’Akhal-Téké pourrait publier ses propres
stud-books, avec la responsabilité d’inscrire des chevaux purs. Tel sstud-books pourraient être régies par la MAAK ou un organisme international similaire, créé pour représenter les éleveurs et passionnés de l’Akhal-Téké. Malheureusement, de nos jours, la MAAK, à tous égards, ne remplit plus ses objectifs et est entrée en sommeil.

MM: Quel est votre avis sur le classement, licences et autres directives émises par VNIIK ? Certains éleveurs estiment que le seul facteur de régulation au sein de la race doit être «le marché», tandis que d’autres estiment que l’absence de règles claires, régissant les politiques, conduit à la perte du type et permet à des défauts génétiques se glisser dans la population. Êtes-vous un partisan de la réglementation ou de la liberté?

AK: Je suis contre l’octroi de licences de tout genre, mais le classement, basé sur de solides principes convenus, pourrait fournir des points d’orientation utiles pour les amateurs de races, en particulier ceux qui sont nouveaux . J’ai du respect pour T.N. Riabova et je suis toujours prêt à écouter, même si je ne suis pas toujours d’accord.

Petit commentaire de LB : Le problème est là. Qui peut faire un travail indépendant, objectif, intègre, international pour exclure de la reproduction des chevaux à problèmes (problèmes génétiques notamment et problèmes d’applombs transmissibles) et inclure des chevaux de valeur, tout ça sans fonctionner sur le principe du « je défends mon élevage » ou sur celui du résultat en course (parce que là on est sûr de revoir du sang anglais…) ou sur de quelconque parti-pris nationalistes. Comment financer un tel organisme indépendant sans qu’il subisse des pressions ? À mon avis, un système comme le système français d’encouragement à l’élevage est une des solutions possibles. Mais qui hormis un Etat pourrait gérer un tel système ? Quelle instance internationale ? A mon avis, on devrait œuvrer pour faire du cheval akhal-téké un « patrimoine de l’humanité » et demander à l’Unesco cette aide logistique à la gestion de l’élevage. Je sais que cette idée peut paraître utopique voire démente, mais je pense sincèrement que c’est le seul espoir. Certainement pas ces petites associations d’éleveurs partisans… On ne peut être juge et partie. J’aimerai pouvoir travailler à un tel projet.

MM: Depuis de nombreuses années, vous avez travaillé pour l’Etat. Etait-ce difficile de s’adapter à la nouvelle réalité économique en Russie? Avez-vous une opinion sur l’orientation et le développement que doit prendre le marché de l’Akhal-Téké?

AK: Dans l’élevage sélectif de tous les chevaux, l’Etat a toujours joué un rôle important, et continuera de le faire. On ne peut pas sous-estimer le rôle des Tersk, Yanovsk, Marbah et El Zagra pour la race arabe. L’élevage de chevaux de sport en Allemagne et en France a, dans l’ensemble, été mis au point par l’État. Des organisations similaires ont apporté leur contribution à la race Akhal-Téké, et très probablement, ce n’est pas fini. Quand Stavropol Stud était une préoccupation de l’Etat, nous devions vendre des chevaux. Maintenant qu’il a été privatisé, nous devons encore en vendre. Mais aujourd’hui, la survie même de notre élevage dépend de la réussite ou de l’échec de nos ventes. L’Akhal-Téké doit être promu dans le monde d’aujourd’hui, d’abord et avant tout comme un cheval de race pure. Outre sa beauté irisée et l’éclat de ses couleurs, ce cheval possède une chaîne de qualités indiscutables pour le cavalier, comme la légèreté de ses allures et son confort pour le cavalier.  Les chevaux Akhal-Tékés peuvent être utilisés avec succès dans les sports équestres, tant dans les disciplines classiques qu’en endurance. L’Akhal-Téké peut aussi s’avérer être un ingrédient précieux dans l’élevage de chevaux de sport qui est une industrie florissante aujourd’hui.

MM: Laissons de côté le monde matériel et revenons à l’esprit de l’Akhal-Téké qui capte notre imagination. Quel est le plus passionnant aspect de votre travail quotidien : la planification de couples reproducteurs pour la saison suivante et l’attente d’un poulain à naître? Les coupes que vous gagnez en show? Le premier prix aux courses?

AK: Je suis plus un éleveur qu’un sportif. Les prix et les courses sont très importants. Ils sont la mesure externe de la réussite de notre haras. Mais le plus intéressant, l’élément le plus captivant de mon travail est la naissance d’un poulain, souvent « conçu » beaucoup plus tôt qu’un an avant sa naissance.

MM: Pensez-vous monter? Avez-vous des chevaux favoris? Ou est-ce une question d’amateur?

AK: Malheureusement, je ne monte pas beaucoup, je n’ai pas le temps. Oui, j’ai chevaux favoris mais il y en a tant…

MM: Où voyez-vous le meilleur usage pour l’Akhal-Téké dans le monde d’aujourd’hui? Qui est l’acheteur idéal pour vos chevaux?

AK: J’ai déjà répondu à la première partie de votre question. Quant à la vente de chevaux, je voudrais les vendre à ceux qui les traitent bien. Il est bon de traiter avec des acheteurs qui savent ce qu’ils veulent acheter et pourquoi.

MM: Où se trouve l’avenir de la race : en Russie ou en Asie centrale, ou voyez-vous
un avenir planétaire? L’avenir est-il de vulgariser la race ou la maintenir comme une rareté ?

AK: L’avenir de la race Akhal-Téké est le monde. Bien sûr, la race doit faire l’objet d’une promotion et doit être vulgarisée. Mais la sélection des meilleurs chevaux et la propriété des meilleures chevaux restera toujours une exclusivité rare.

Petit commentaire de LB : Evidemment, les chevaux de grande valeur resteront des chevaux de grande valeur. Malgré tout, aujourd’hui, peu de chose, excepté la rareté, justifie les prix pratiqués dans la race. Les chevaux de grande valeur sont d’abor des chevaux qui ont des résultats concrets, peu importe la discipline. Pour que les chevaux aient des résultats, il faut qu’ils soient montés par des cavaliers de valeur. Ce sont rarement eux qui ont les capitaux. Si la race reste un hobby, son avenir est problématique. Dans presque toutes les races actuellement, les éleveurs investissent dans des cavaliers capables de valoriser leurs chevaux. Les courses sont un moyen insuffisant, dans la mesure où il n’y en a pas partout dans le monde. Les éleveurs doivent donc commencer à réfléchir sur les disciplines où pourraient se distinguer leurs chevaux, non pas en fonction de leur goût personnel pour telle ou telle discipline, mais en fonction des réelles aptitudes de leurs chevaux. La sélection doit se faire avec cohérence, en vue d’une utilisation du cheval. Le show et les courses sont des limites évidentes. Le show garde la race dans un sérail de passionnés, mais on le voit dans l’Arabe, ce sérail diminue sans cesse, car le cheval doit aussi être une monture. Les courses d’akhal-téké sont une très bonne chose, mais ils ne seront jamais aussi rapides que les Pur-Sang Anglais. Par conséquent, ces chevaux doivent être valorisés dans des disciplines où leurs qualités seront « rentables ». Je dirais essentiellement l’endurance et le concours complet, car les autres races ont des années d’avance en ce qui concerne le CSO et le dressage. Le premier problème de la race est à mon avis le manque d’objectivité de ses promoteurs… Pour intéresser des professionnels du cheval à la race, il faut leur vendre de bons chevaux pas trop chers pour qu’ils puissent les amener à un bon niveau et faire eux-mêmes un profit. C’est ça la loi du marché. Ou bien il faut employer ces professionnels dans les élevages. Bref, arrêter de penser que l’akhal-téké est le meilleur cheval du monde et commencer à travailler dans le sens du résultat.

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